Le crowd­fun­ding est une méthode de fi­nan­ce­ment moderne et populaire pour des projets privés et pro­fes­sion­nels, par­ti­cu­liè­re­ment pour les start-up. Par le biais d’une campagne de crowd­fun­ding, un appel aux dons est alors lancé, éven­tuel­le­ment avec un objectif de fi­nan­ce­ment (un plafond à atteindre) et un système de ré­com­pense ou de con­tre­par­tie pour les donateurs. Grâce au crowd­fun­ding, de nombreux projets in­té­res­sants ont pu voir le jour et cela dans une grande variété de domaines : des campagnes de collecte de fonds pour des or­ga­ni­sa­tions ca­ri­ta­tives, pour le dé­ve­lop­pe­ment et la pro­duc­tion de biens de con­som­ma­tion ou de nouveaux services, ainsi que des projets ar­tis­tiques et culturels et même des projets in­di­vi­duels et privés en­thou­siastes.

Le principal avantage du crowd­fun­ding est le fait qu’il ne repose pas sur le soutien de grands in­ves­tis­seurs, mais sur un grand nombre de par­ti­cu­liers in­té­res­sés et motivés par le projet, c’est ce qu’on appelle « Crowd » (la foule en anglais). Si les con­di­tions de bases sont réunies, une dynamique positive peut donc se dé­ve­lop­per au sein de cette com­mu­nauté, ce qui accélère à la fois l’avan­ce­ment du projet, augmente et booste la notoriété de ce dernier ou le rend avant tout réa­li­sable. La trans­pa­rence et la com­mu­ni­ca­tion avec la base des donateurs sont des facteurs es­sen­tiels pour le succès d’une campagne de crowd­fun­ding.

La po­pu­la­rité crois­sante de cette forme de fi­nan­ce­ment a conduit à l’avènement d’une large gamme de pla­te­formes de crowd­fun­ding cor­res­pon­dantes sur les­quelles vous pouvez présenter et gérer votre campagne et également gérer vos dons. La pla­te­forme Kicks­tar­ter.com est au niveau mondial la plus populaire, mais au fil des ans, une forte con­cur­rence s’est dé­ve­lop­pée sur ce marché très évolutif, dont certaines avec des spé­cia­li­tés en fonction des secteurs, des projets ou des méthodes de paiement.

Note

Vous n’avez pas né­ces­sai­re­ment besoin de choisir une seule pla­te­forme de crowd­fun­ding pour votre projet. Il est en effet souvent judicieux de collecter de l’argent via plusieurs sites Web. Ne sous-estimez pas les efforts qu’exigent les campagnes de crowd­fun­ding !

Le choix d’un site Web de crowd­fun­ding approprié dépend déjà du fait que vous lancez votre projet en tant que par­ti­cu­lier ou en tant que pro­fes­sion­nel (start-up), mais aussi du secteur d’activité, du groupe cible auquel vous souhaitez vous adresser, du modèle de crowd­fun­ding que vous désirez utiliser et enfin de la taille ou de la portée de votre projet. En outre, les con­di­tions et les tarifs de la pla­te­forme concernée sont aussi des critères dé­ter­mi­nants comme la manière dont cette dernière gère les projets non aboutis et les collectes ou dons frau­du­leux.

Les pla­te­formes in­ter­na­tio­nales

L'idée même du crowd­fun­ding est re­la­ti­ve­ment ancienne. Dès le XIXème siècle, par exemple, l’im­pres­sion de livres était financée par des dons de personnes in­té­res­sées. Même l’ins­tal­la­tion de la statue de la Liberté à New-York a été co­fi­nan­cée par des appels aux dons à la po­pu­la­tion, ce qui a permis d’apporter à l’époque un total de 160 000 dollars US pour l’achè­ve­ment de la cons­truc­tion du socle. Cependant, le « crowd­fun­ding »  au sens strict n’est devenu un modèle de fi­nan­ce­ment fa­ci­le­ment ac­ces­sible qu’avec le lancement des pla­te­formes Internet amé­ri­caines Indiegogo (2008) et Kicks­tar­ter (2009), basées sur la structure sociale et mondiale en réseau du Web 2.0. Depuis lors, de nom­breuses pla­te­formes ont été ajoutées, les sites Web orientés vers l’in­ter­na­tio­nal étant de loin les plus per­for­mants.

Kicks­tar­ter

L’en­tre­prise Kicks­tar­ter a démarré ses activités en 2009 et le site Web du même nom s'est ra­pi­de­ment imposé comme la pla­te­forme de crowd­fun­ding la plus réussie et la plus connue. Après une simple procédure d’en­re­gis­tre­ment, les projets peuvent être établis sur le site Web via une page in­di­vi­duelle et per­son­na­li­sable. Kicks­tar­ter exige la spé­ci­fi­ca­tion d’un objectif de fi­nan­ce­ment, mais le projet peut également être soutenu au-delà de cet objectif. Les personnes in­té­res­sées peuvent faire un don d’au moins un dollar US dès leur ins­crip­tion. Le paiement des dons sera pris en charge par Stripe lorsque la campagne aura atteint son objectif de fi­nan­ce­ment. Si l’objectif de fi­nan­ce­ment n’a pas été atteint à la fin de la durée de votre campagne (que vous pouvez définir au préalable), l’argent ne sera donc pas collecté et la campagne est alors con­si­dé­rée comme ayant échoué. Ainsi, Kicks­tar­ter fonc­tionne selon le modèle du « tout ou rien ».

Kicks­tar­ter.com soutient des projets aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France. En con­sé­quence, le site Web possède également une version française depuis 2015. Si le fi­nan­ce­ment est réussi, une com­mis­sion de 5 % de la somme obtenue est due pour Kicks­tar­ter, si le projet n’est pas financé in­té­gra­le­ment, il n’y a pas de frais. De 3 à 5 % de plus sont ha­bi­tuel­le­ment ajoutés par le service de paiement sécurisé Stripe pour traiter les dons. Kicks­tar­ter ne re­ven­dique à aucun moment la propriété des projets, mais chaque projet est archivé en per­ma­nence et reste visible sur le site. De plus, Kicks­tar­ter n'est pas res­pon­sable des donateurs qui sont trompés et n’assure donc aucune garantie.

Kicks­tar­ter se concentre prin­ci­pa­le­ment sur des projets créatifs et des start-up dans le secteur culturel et ar­tis­tique. Il existe d’une part la clas­si­fi­ca­tion des projets en ca­té­go­ries (voir capture d’écran ci-dessous) et d’autre part l’aperçu des campagnes les plus réussies qui se sont déroulées via Kicks­tar­ter : la Smart­watch « Pebble Time », la glacière « Coolest Cooler », la veste de voyage « Baubax World », le jeu de cartes « Exploding Kittens » et la console de jeux vidéo « OUYA » sont parmi les projets qui con­nais­sent les meilleurs succès au niveau de la création de nouveaux produits/mar­chan­dises. Parmi les produits les plus im­por­tants con­cer­nant di­rec­te­ment l’industrie du di­ver­tis­se­ment, on trouve les longs métrages « The Veronica Mars Movie Project » et « Wish I Was Here », le jeu vidéo « Broken Age » et la série Web « Video Game High School ».

Le « Reward-Based Crowd­fun­ding » s'est imposé comme le modèle de fi­nan­ce­ment de crow­fun­ding pour Kicks­tar­ter. Les donateurs sont ré­com­pen­sés in­di­vi­duel­le­ment en fonction du montant du don effectué. Par exemple, les lanceurs-ges­tion­naires de projet pro­met­tent souvent aux donateurs de les men­tion­ner dans leurs re­mer­cie­ments. Les donateurs plus généreux reçoivent gé­né­ra­le­ment une prime de pré­com­mande sur le produit final, mais il arrive souvent que des articles de mer­chan­di­sing tels que des t-shirts et des cas­quettes sont envoyés en guise de re­mer­cie­ment. Les objectifs dits d’extension, c'est-à-dire les objectifs de fi­nan­ce­ment au-delà de l’objectif ini­tia­le­ment fixé, sont également typiques pour les « kicks­tar­ters ». Les donateurs activent ensuite d’autres « ca­rac­té­ris­tiques » ou « options » du produit final, parce que le lanceur de projet dispose alors d’un capital plus important.

La page d’un projet chez Kicks­tar­ter est claire et épurée. Dans l’en-tête, Kicks­tar­ter montre combien d’argent le projet a collecté jusqu’à présent, combien de donateurs in­di­vi­duels ont déjà participé et combien de temps il reste pour atteindre l’objectif financier fixé. Dans l’onglet « Campagne », le lanceur présente son projet et définit les con­tre­par­ties, les objectifs et autres détails im­por­tants de la campagne. L’onglet « FAQ » fournit des réponses aux questions les plus fré­quem­ment posées. Dans la rubrique « Actus », vous informez votre base de donateurs et les parties in­té­res­sées de l’état d’avan­ce­ment du projet sous la forme d’un ca­len­drier. Les uti­li­sa­teurs en­re­gis­trés peuvent poster des sug­ges­tions, des critiques et des éloges sous « Com­men­taires ».

La catégorie « Com­mu­nauté » contient des in­for­ma­tions in­té­res­santes et im­por­tantes pour vous en tant que chef/lanceur de projet sur la base de donateurs et sa dis­tri­bu­tion locale. En outre, quelques sup­por­ters sont men­tion­nés ici qui ont déjà acquis une certaine notoriété au sein de la com­mu­nauté Kicks­tar­ter. Après tout, c’est une bonne publicité pour un projet que de pouvoir compter sur des in­ves­tis­seurs com­pé­tents et célèbres.

Un problème qui affecte la com­mu­nauté du crowd­fun­ding en général et qui ne peut être résolu par Kicks­tar­ter sont les projets financés avec succès mais qui fi­na­le­ment échouent tout de même. Sur Kicks­tar­ter.com aussi, beaucoup d’argent s’est évaporé, parce que les lanceurs de projet ont in­ter­rompu le projet respectif après avoir réussi le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, sans rem­bour­ser le capital collecté. Dans certains cas, il n'y a tout sim­ple­ment plus eu de mises à jour de certains projets, qui ont ensuite dû être déclarés morts, et les donateurs en­thou­siastes ont tout sim­ple­ment été aban­don­nés. Quelles qu’en soient les raisons, le crowd­fun­ding reste toujours un in­ves­tis­se­ment à risque. Kicks­tar­ter ne semble pas non plus chercher ac­ti­ve­ment une solution au problème, les règles sont en effet formulées de manière succincte.

Kicks­tar­ter fait également face à la critique constante d’in­fluen­cer trop fortement le succès de certains projets. Ceux-ci peuvent en effet avoir une mention « Staff Pick », c'est-à-dire une re­com­man­da­tion spéciale de la pla­te­forme. Cela permet à Kicks­tar­ter de contrôler et de mettre en avant les projets qui attirent le plus l’attention. Cependant, il n’y a pas de trans­pa­rence sur la manière dont un projet se voit être épinglé « KickS­tar­ter Staff Pick » ce qui lui permet de rentrer dans la catégorie « Nos coups de coeur »

De même, la na­vi­ga­tion du site Web n’est pas toujours sa­tis­fai­sante et fluide. Si vous voulez voir tous les projets d’une même catégorie, il faut souvent jusqu’à quatre clics. D’ici là, seule une sélection de projets sera présentée, par exemple ceux qui sont proches de l’objectif de fi­nan­ce­ment ou qui ont déjà suscité beaucoup d’attention. Il est rai­son­nable de supposer que de nombreux visiteurs ne voient tout sim­ple­ment pas la majorité des projets s'ils ne veulent pas naviguer sur le site Web qui est vo­lu­mi­neux. La méthode la plus efficace reste alors de diffuser vous-même votre page de projet via les réseaux sociaux notamment.

Avantages In­con­vé­nients
La méthode du « tout ou rien » fait que l’on obtient l’argent que si l’objectif de fi­nan­ce­ment est atteint, … …mais cela signifie que de nombreux lanceurs de projet ont dé­li­bé­ré­ment fixé des objectifs de fi­nan­ce­ment bas.
Kicks­tar­ter ne facture que 5 % du montant total pour les projets financés avec succès.... … cependant, des frais sup­plé­men­taires sont facturés pour couvrir les frais de tran­sac­tions.
Les pages de projets sont claires et in­for­ma­tives … mais la na­vi­ga­tion un peu lourde du site Web rend inu­ti­le­ment com­pli­quée la na­vi­ga­tion pour trouver les projets.
Le label « Nos coup de cœurs » met en avant certains projets, … … mais n’est pas trans­pa­rent dans ces critères de sélection et a trop d’influence sur le succès des projets.
Convient aux par­ti­cu­liers et aux start-up qui se con­centrent sur des projets créatifs et culturels, … …mais il n'y a pas de place pour les projets ca­ri­ta­tifs sur Kicks­tar­ter
La mise en évidence de projets dont le fi­nan­ce­ment est presque atteint suscite l’en­thou­siasme et peut apporter le dernier coup de pouce né­ces­saire, … … mais les sections « Les tendances » et « Re­com­man­da­tions pour vous » sont mises à jour de manière trop ir­ré­gu­lière.

GoFundMe

Le site Internet GoFundMe est l’une des pla­te­formes de crowd­fun­ding les plus po­pu­laires, elle s’est pourtant dès le début spé­cia­li­sée dans les as­so­cia­tions ca­ri­ta­tives et les projets à but non lucratif. Les campagnes sur GoFundMe col­lec­tent gé­né­ra­le­ment de l’argent pour des évé­ne­ments à but social et des projets ca­ri­ta­tifs. GoFundMe a démarré en 2010 et a pu générer des dons qui at­teig­nent un total de plus de 5 milliards de dollars. En principe, les or­ga­ni­sa­teurs sont exonérés des frais de pla­te­forme, mais les res­pon­sables de projets européens doivent parfois supporter des coûts sup­plé­men­taires si des trans­ferts d’argent provenant de l’étranger doivent être traités, pour la France il s’agit de 2,9 % + 0.25 euros par don pour le trai­te­ment des paiements. Enfin, pour financer ses services, la pla­te­forme demande aux donneurs de laisser un « pourboire », il est d’au minimum de 10 % du montant du don, mais peut être au choix de 15 % ou 20 %.

GoFundMe se distingue par deux par­ti­cu­la­ri­tés : con­trai­re­ment à la plupart des pla­te­formes de crowd­fun­ding, vous pouvez conserver tous les dons même si vous n'at­teig­nez pas l’objectif de fi­nan­ce­ment. GoFundMe peut ainsi financer au moins par­tiel­le­ment des projets. L’autre par­ti­cu­la­rité est qu'il n’y a pas de date limite pour atteindre un objectif de fi­nan­ce­ment. Ainsi, chaque campagne reste active tant que le lanceur de projet la laisse en ligne. Il est ainsi plus facile de réaliser des projets sur le long terme, comme ceux qui dépendent de dons réguliers notamment. Le modèle de GoFundMe est ainsi très approprié pour des projets qui servent à des fins ca­ri­ta­tives.

La page d’un projet réunit sur une seule page toutes les in­for­ma­tions et actions né­ces­saires : vous y trouverez toutes les in­for­ma­tions sur les fonds déjà collectés et le chemin à parcourir pour atteindre l’objectif de fi­nan­ce­ment, même l'image prin­ci­pale, qui vise à vi­suel­le­ment attirer l’attention sur le projet a une place im­por­tante. Vous re­mar­que­rez également les boutons des médias sociaux, qui vous per­met­tent de partager im­mé­dia­te­ment le projet respectif. GoFundMe a reconnu très tôt la puissance des réseaux sociaux et leur capacité à générer un buzz et à donner une certaine notoriété à des projets. Sous l’image prin­ci­pale, vous trouverez des bannières de grandes tailles pour Twitter et Facebook, qui sont même placées avant le texte de des­crip­tion. Le visiteur de la page du projet est ainsi lit­té­ra­le­ment invité à une action. Faire un don et partager le projet semblent avoir la même im­por­tance sur GoFundMe.

Les dons peuvent être faits par carte de crédit. Les donateurs peuvent également laisser des messages sur la page du projet, en fonction du type de campagne : par exemple des vœux de ré­ta­blis­se­ment, des en­cou­ra­ge­ments ou des appels à continuer les dons. L’accent mis par GoFundMe sur les projets sociaux est également visible dans la ca­té­go­ri­sa­tion des campagnes : « Éducation », « Santé », « So­li­da­rité », « Urgences » et « Com­mé­mo­ra­tion » sont men­tion­nés en premier, tandis que les ca­té­go­ries communes telles que « Créa­ti­vité » et « En­tre­prises » jouent un rôle un peu se­con­daire.

GoFundMe sait aussi con­vaincre avec son support client. Si vous le souhaitez, vous pouvez vous faire con­seil­ler par des agents de support qui vous aideront à rendre la page du projet aussi at­trayante que possible. Le centre d’aide GoFundMe fournit également des guides re­la­ti­ve­ment détaillés sur la façon d’utiliser la pla­te­forme. Les donateurs in­té­res­sés peuvent également s’informer sur le trai­te­ment des dons et leurs droits. En cas d’abus, GoFundMe dispose d’un for­mu­laire de contact si un don fait doit être remboursé et pour faire une ré­cla­ma­tion. Les opé­ra­teurs s’engagent également à contrôler stric­te­ment le flux des fonds et à s’assurer que tous les dons sont envoyés à la bonne adresse. Si les mesures de sécurité échouent, GoFundMe accepte même de rem­bour­ser les montants perdus ou de payer la dif­fé­rence elle-même en accord avec la politique de garantie GoFundMe.

Cependant, GoFundMe a un problème d’image, car trop de projets douteux finissent sur la pla­te­forme. Parce que les par­ti­cu­liers peuvent ici être financés pour leurs « Rêves » et leurs projets de « Jeunes mariés », il existe même une catégorie « Religion »,  ainsi de nombreux projets GoFundMe ont déjà fait l’objet de petits scandales. Les appels aux dons de personnes qui veulent financer leur mariage ou sim­ple­ment acheter quelque chose à manger sont toujours inof­fen­sifs. Tout comme le projet loufoque d’un américain qui a lancé un appel aux dons pour réaliser une col­lec­tion de chapeaux en raison d’une perte de cheveux imminente. De plus, un projet médiatisé sera souvent un projet qui génère des opinions fortement con­tro­ver­sées, surtout s’il est de nature politique ou religieux. En tout état de cause, le contrôle qualité de GoFundMe n’est pas considéré comme par­ti­cu­liè­re­ment mature, de sorte que les projets bien in­ten­tion­nés sont parfois en partie perdus dans la masse de projets standards.

Avantages In­con­vé­nients
La meilleure pla­te­forme pour les projets ca­ri­ta­tifs et sociaux, … … qui est également utilisé à grande échelle pour des campagnes à faible envergure ca­ri­ta­tive voire même dis­cu­tables sur le plan moral.
GoFundMe promet une pro­tec­tion crédible aux donateurs et aux ges­tion­naires de projets, … … mais les frais sont lé­gè­re­ment plus élevés par rapport aux autres pla­te­formes.
Les projets rap­por­tent aussi de l’argent s’ils n’at­teig­nent pas l’objectif de fi­nan­ce­ment fixé, … … ce qui, cependant, facilite l’uti­li­sa­tion abusive des dons.
Les objectifs de fi­nan­ce­ment ne sont pas limités dans le temps, … … ce qui enlève un aspect pas­sion­nant et motivant du crowd­fun­ding.
Des pages de projet claires avec un accent mis sur l’in­té­gra­tion des réseaux sociaux, … … qui n'offrent cependant que Facebook et Twitter en option.
Les dons peuvent être ac­com­pag­nés de messages courts, … … le don n'est cependant possible que par carte de crédit.
De bonnes pages de support et des guides pour les donateurs et les ges­tion­naires/lanceurs de projets  

Indiegogo

En plus de Kicks­tar­ter, Indiegogo est aussi considéré comme un pionnier dans le domaine du fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Avec le lancement de la pla­te­forme en 2008, Indiegogo s’est concentré uni­que­ment sur le modèle de crown­fun­ding basé sur les ré­com­penses ou con­tre­par­ties (reward-based crown­fun­ding) pour les projets créatifs et les start-up, mais depuis 2016, la pla­te­forme a aussi lancé le modèle de l’in­ves­tis­se­ment en capital (Equity-Based Crown­fun­ding) en par­te­na­riat avec Mi­cro­Ven­tures pour les in­ves­tis­seurs qui sou­hai­tent investir dans des jeunes en­tre­prises in­no­vantes. Enfin, le service Indiegogo Life (« Ge­ne­ro­sity ») lancé en 2014, spé­cia­le­ment conçu pour les urgences et les projets à but non lucratif fait désormais parti de GoFundMe.

Le site Internet d’Indiegogo ressemble beaucoup à celui de Kicks­tar­ter et de GoFundMe : les uti­li­sa­teurs créent une page de projet et dé­fi­nis­sent un objectif de fi­nan­ce­ment qui peut être au choix soit « Fixed Funding » ou « Flexible Funding », c’est la condition préalable au fi­nan­ce­ment du projet. La page du projet comprend la des­crip­tion, l’idée du projet (onglet « Story ») et les ré­com­penses (l’onglet « Perk »), qui peuvent êtres éche­lon­nées en fonction du montant du don.

L’onglet « Updates » est consacré à l'avan­ce­ment du projet et « Comments » permet aux uti­li­sa­teurs de laisser un com­men­taire ou une remarque. Enfin l’onglet « Backers » offre un his­to­rique complet des dons et la liste des donateurs. La page du projet contient aussi tous les widgets de médias sociaux né­ces­saires, mais ils ne sont pas aussi intrusifs que ceux des pla­te­formes con­cur­rentes.

En termes de design, Indiegogo convainc par son mi­ni­ma­lisme moderne, on peut noter la si­mi­li­tude avec Kicks­tar­ter. La structure fine du site Web se concentre sur les campagnes des projets. La na­vi­ga­tion de la pla­te­forme est fluide et simple, en par­ti­cu­lier con­cer­nant le recherche des projets selon l’avan­ce­ment (par exemple « Ending soon » et « Just launched ») doit être souligné. De plus, les projets peuvent gé­né­ra­le­ment être triés en fonction de leur po­pu­la­rité (qui doit être pro­ba­ble­ment le taux de clics) et des montants collectés. Sinon, ils sont divisés en ca­té­go­ries et sous-ca­té­go­ries ha­bi­tuelles en fonction du type de projet et du secteur.

Une par­ti­cu­la­rité de la pla­te­forme Indiegogo est qu’en tant que lanceur de projet, vous recevez im­mé­dia­te­ment la plupart des dons. En effet, la majorité des dons sont effectués via le service de paiement PayPal, il n’y a donc pas d’« escale » lors du transfert des dons. Indiegogo offre également la pos­si­bi­lité de payer par carte de crédit, mais ces dons n’ar­ri­ve­ront sur le compte du lanceur de projet qu’environ deux semaines après la fin de la campagne. Sur la pla­te­forme il y a des frais de 5 % pour chaque don et un sup­plé­ment pour les frais du service de paiement en ligne de 3 % plus 30 centimes de com­mis­sion pour les paiements par carte de crédit. Enfin des frais de transfert de 25 euros sont appliqués pour les projets en euros (pas de frais pour les projets en dollars).

Indiegogo établit dé­li­bé­ré­ment peu de règles pour les projets. Les lanceurs de projet âgés de moins de 18 ans doivent sim­ple­ment obtenir l’au­to­ri­sa­tion d’un parent ou d’un tuteur légal pour débuter une campagne. Les projets qui veulent collecter des fonds pour des activités illégales ou dont l’idée de base est absurde ou ir­réa­liste sont sim­ple­ment supprimés. Con­cer­nant les ré­com­penses vous ne pouvez pas proposer de la drogue, des armes ou jeux de hasard. De plus, les campagnes ne doivent pas faire appel à la violence physique ou psy­cho­lo­gique.

En dehors de ces règles assez évidentes, Indiegogo ne fixe aucune limite aux projets et est donc très tolérant con­trai­re­ment à la con­cur­rence. Cependant, certains filtres sont manquants pour éviter que des projets douteux n’at­ter­ris­sent sur la pla­te­forme. Indiegogo est la pla­te­forme avec le plus grand nombre de projets, et notamment en raison du manque de contrôles, mais le fait que tout le monde puisse aisément par­ti­ci­per conduit aussi à une qualité moyenne assez faible des campagnes. Ceci est également dû au fait que les campagnes rejetées par d’autres pla­te­formes se re­trou­vent bien souvent sur Indiegogo.

L’opérateur se distancie clai­re­ment des campagnes in­di­vi­duelles et n’assume aucune res­pon­sa­bi­lité en cas de fraude. Le cœur du programme de pro­tec­tion « Trust & Safety » repose uni­que­ment sur l’in­te­rac­tion de confiance entre la com­mu­nauté. En effet, la pla­te­forme offre un service spécial en cas de problème qui peut être contacté 24 heures sur 24. Sinon, Indiegogo s’appuie prin­ci­pa­le­ment sur la res­pon­sa­bi­lité per­son­nelle : les uti­li­sa­teurs sont en­cou­ra­gés à analyser at­ten­ti­ve­ment le projet en question avant de faire un don, à poser des questions et à exprimer leurs préoc­cu­pa­tions. Il est demandé aux lanceurs de projet d’assurer une trans­pa­rence totale, de com­mu­ni­quer ré­gu­liè­re­ment avec les donateurs et de prendre le projet au sérieux.

Ces lignes di­rec­trices générales sont des conseils bien in­ten­tion­nés, mais il est peu probable qu’elles em­bar­ras­sent les fraudeurs. Chez Indiegogo, vous pouvez également constater que la pro­tec­tion des donateurs et des lanceurs de projets repose es­sen­tiel­le­ment sur la bonne foi et la confiance.

Il faut noter po­si­ti­ve­ment l’Education Center, qui offre des in­for­ma­tions complètes, des tutoriels et des We­bi­naires pour les débutants en fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Cependant, il est mal­heu­reu­se­ment peu vrai­sem­blable que la majorité des lanceurs de projets utilisent ce service.

Avantages In­con­vé­nients
Les frais à hauteur de 5 % sont re­la­ti­ve­ment faibles, … … mais augmente par­ti­cu­liè­re­ment avec l’uti­li­sa­tion de la carte de crédit.
L’argent est di­rec­te­ment versé au lanceur de projet via PayPal, … … ce qui cependant ouvre la porte à des dérives et à la fraude.
Règles minimales pour créer et lancer un projet, … … ce qui, toutefois, aboutit à la présence sur la pla­te­forme de nom­breuses campagnes peu sérieuses ou douteuses.
Con­cep­tion mi­ni­ma­liste et claire des pages de projet, … … qui cependant ne fournit pas toutes les sta­tis­tiques sur les dons.
Un bon support pour les donateurs et les lanceurs de projets, … … qui, toutefois, ne peut remplacer une pro­tec­tion complète contre la fraude et les dé­tour­ne­ments.

Patreon

Patreon occupe une position par­ti­cu­lière dans le domaine du fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif : le fi­nan­ce­ment du projet ici est basé sur des abon­ne­ments et fournit ainsi aux lanceurs de projets une rentrée de fonds men­suelles. Patreon est par­ti­cu­liè­re­ment populaire auprès des YouTubers, dont les revenus de la pla­te­forme vidéo ne sont bien souvent pas suf­fi­sants pour assurer l’existence de leurs projets. Ils dépendent plutôt de dons réguliers. En retour, ils offrent à leurs donateurs des ré­com­penses telles qu’un contenu exclusif ou des ré­com­penses via des tirages au sort.

Bien que la majorité des uti­li­sa­teurs de Patreon soient des YouTubers, la pla­te­forme est également populaire auprès des artistes et auteurs (bande dessinée notamment), des créateurs de podcasts et des musiciens. Patreon a permis à de nombreux artistes de gagner leur vie. Les dons sont soumis à des frais de 5 %, ce qui rend Patreon plus abordable pour les lanceurs de projets que la plupart des pla­te­formes tra­di­tion­nelles de crowd­fun­ding.

La con­cep­tion de Patreon ne diffère pas de manière sig­ni­fi­ca­tive des autres pla­te­formes connues de crowd­fun­ding. Ici aussi, les lanceurs de projet gèrent leurs propres pages de projet sur les­quelles ils font de la promotion pour leur contenu. Ils peuvent également augmenter le montant de leurs dons mensuels afin que des « patrons » plus généreux aient accès à des contenus exclusifs ou fassent partie d’un « club » exclusif. De plus, les « patrons » sont gé­né­ra­le­ment men­tion­nés dans le produit final du lanceur de projet, par exemple dans les re­mer­cie­ments d’une vidéo.

Patreon a été lancé en 2013, c’est donc une pla­te­forme re­la­ti­ve­ment jeune dont l’influence sur la com­mu­nauté de YouTube en par­ti­cu­lier ne doit pas être sous-estimée. Pour les créatifs qui publient leurs œuvres plus ou moins ré­gu­liè­re­ment et qui ont une base de fans solide, Patreon est souvent plus gra­ti­fiant et efficace que le fait de recourir à des pla­te­formes con­cur­rentes, car le modèle d’abon­ne­ment permet justement un apport régulier de fonds. Cependant, chez Patreon, vous devez être aussi trans­pa­rent que possible pour montrer où ces dons abou­tis­sent. Qu’il s’agisse d’un local, de matériel d’en­re­gis­tre­ment né­ces­saire ou sim­ple­ment d’un salaire, afin que vous puissiez vous consacrer à plein temps à une pratique ar­tis­tique, Patreon ré­com­pense la trans­pa­rence et les pu­bli­ca­tions ré­gu­lières avec une base de donateurs solide.

Les chefs de projet sont divisés en dif­fé­rentes ca­té­go­ries en fonction du type de contenu, par exemple « Music » et « Games ». Les pages du projet elles-mêmes offrent une des­crip­tion du projet et des in­for­ma­tions sur les ré­com­penses pour les donateurs et le nombre de « patrons », c'est-à-dire ceux qui font déjà un don mensuel. Vous pouvez indiquer ci-dessous combien d'argent vous gagnez déjà par mois, mais vous n'avez pas à le divulguer en principe. Les objectifs de fi­nan­ce­ment ne doivent pas toujours être trans­pa­rents non plus - de nombreux ges­tion­naires de projet signalent la proximité du projet par rapport à l'ob­jec­tif de fi­nan­ce­ment uni­que­ment en indiquant un pour­cen­tage. Parce qu’un revenu régulier de Patreon se rapproche davantage d’un salaire mensuel que sur d’autres formes de crowd­fun­ding, il est parfois conseillé de garder le montant réel­le­ment gagné privé. C’est toutefois une décision per­son­nelle libre du lanceur du projet.

En plus du don mensuel fixe, Patreon offre également un mode de paiement qui se rapproche d’un abon­ne­ment « classique ». Ainsi, le lanceur de projet peut dé­ter­mi­ner de recevoir une somme fixe de ses clients chaque fois qu’il livre un produit, par exemple en té­lé­char­geant une nouvelle vidéo. Du côté des donateurs, les abon­ne­ments peuvent être modifiés ou annulés à tout moment. Les Patrons aug­men­tent souvent leur con­tri­bu­tion mensuelle lorsque le ges­tion­naire de projet définit une nouvelle cible de fi­nan­ce­ment et l'associe à certaines promesses comme un contenu plus régulier. D'autre part, les patrons mettent souvent fin à leur soutien si le lanceur de projet ne livre pas le produit promis ou présente un contenu in­sa­tis­fai­sant. Patreon est donc une pla­te­forme sur laquelle les uti­li­sa­teurs peuvent réagir très ra­pi­de­ment et avec beaucoup de sen­si­bi­lité aux chan­ge­ments. Vos patrons peuvent vous motiver autant qu’ils peuvent vous mettre sous pression.

En raison du modèle d'abon­ne­ment, l’aspect com­mu­nau­taire est par­ti­cu­liè­re­ment fort chez Patreon. Les « abonnés » vous assurent non seulement un revenu régulier, mais ils agissent aussi en tant que con­som­ma­teurs. L'in­te­rac­tion avec cette com­mu­nauté est encore plus im­por­tante et critique qu’avec les pla­te­formes tra­di­tion­nelles basées sur des dons uniques. Après tout, vous recevrez un soutien actif et continu des Patrons, dont l’en­ga­ge­ment personnel envers votre projet est beaucoup plus fort grâce à un transfert de fonds mensuel. Cela signifie que chez Patreon, le travail com­mu­nau­taire est l’un des aspects les plus im­por­tants si vous voulez être financé avec succès sur une longue période de temps. Assurez-vous donc d’inclure cet effort régulier lors de votre pla­ni­fi­ca­tion.

De nombreux artistes français utilisent déjà Patreon comme pla­te­forme de crowd­fun­ding, mais jusqu'à présent le site n'est dis­po­nible qu’en anglais. Les opé­ra­teurs de la pla­te­forme sont re­la­ti­ve­ment tolérants à l'égard du contenu affiché. Seul le contenu qui glorifie la violence et certains contenus pouvant être qualifiés de por­no­gra­phiques sont of­fi­ciel­le­ment interdits. Néanmoins, Patreon semble avoir renforcé et amélioré un peu sa vigilance. Un cas con­tro­versé a été l’an­nu­la­tion d’un projet d’un YouTuber en juillet 2017, dans lequel il demandait des dons pour son activisme au sein du groupe Defend Europe afin de do­cu­men­ter le blocus violent des navires des ONG en mer mé­di­ter­ra­née. Patreon a défendu la sup­pres­sion, sou­lig­nant qu'il ne voulait pas soutenir des projets qui « mettent des vies en danger ».

Les critiques se font également entendre lorsque Patreon supprime la page du projet d’un groupe anar­chiste. En con­sé­quence, Patreon a aussi dû supporter des ac­cu­sa­tions, mais a promis d'amé­lio­rer ses di­rec­tives et ses critères de sélection des projets.

Avantages In­con­vé­nients
Modèle d’abon­ne­ment par­ti­cu­liè­re­ment adapté aux créatifs qui pro­dui­sent des contenus réguliers, … … mais le lien plus direct et fort avec la base de donateurs exerce plus de pression sur les lanceurs de projet.
Un revenu régulier peut permettre d’exercer une activité ar­tis­tique ou cultu­relle en tant qu’emploi à temps plein, … … Mais le flux d’argent dépend évi­dem­ment de la qualité du produit, du concept et de sa com­mu­ni­ca­tion, la perte de « patrons » peut mettre en danger votre propre sub­sis­tance.
Le gain de patrons en tant que « Superfans » peut motiver et l’in­te­rac­tion avec ces derniers peut aussi apporter des nouvelles idées, … …. mais l’im­pli­ca­tion de certains patrons peut conduire à un désir nuisible de co­dé­ter­mi­na­tion et res­treindre la liberté créative des lanceurs de projet.
Patreon laisse au lanceur de projet le choix de masquer le montant réel des revenus mensuels, … … toutefois, un fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif efficace et continu exige un maximum de trans­pa­rence et de sincérité au niveau des revenus et des dépenses.
Patreon est très tolérant envers les lanceurs de projet, … … ce qui conduit aussi à un abais­se­ment qua­li­ta­tif médian des projets.
Ca­té­go­ri­sa­tion ex­haus­tive et utile des projets, … … mais l’ajout des ca­té­go­ries « YouTube », « Twitch » etc. serait utile.
Patreon est élé­gam­ment conçu et les pages du projet sont à la fois agréables à lire et in­for­ma­tives, … … mais la recherche de patrons pourrait être améliorée et le site Web pourrait être traduit dans d’autres langues.

Pla­te­formes fran­çaises

En France, les par­ti­cu­liers et jeunes en­tre­prises sont aussi de plus en plus nombreux à se tourner vers les pla­te­formes de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. C’est un marché qui évolue fortement, dont la pro­gres­sion annuelle est de presque 50 % par année. De nombreux acteurs sont portés par cette évolution, mais la con­cur­rence est cependant forte sur ce secteur, notamment avec les pla­te­formes amé­ri­caines. De plus, l’argument de ras­sem­bler une grande com­mu­nauté est centrale pour ce type de pla­te­forme, ainsi Kicks­tar­ter, Indiegogo et GoFundMe ont sur ce point une belle longueur d’avance. Mais des pla­te­formes fran­çaises arrivent à bien s’installer sur le marché en misant aussi sur l’aspect de la proximité, de la sécurité et de la trans­pa­rence, et certaines s’attaquent même avec succès au marché européen ou in­ter­na­tio­nal.

Ainsi, les pla­te­formes fran­çaises fonc­tion­nent mieux pour des projets qui se fo­ca­li­sent sur une audience nationale ou régionale : par exemple, les projets locaux tels qu’un nouveau terrain de football pour une commune, des projets ca­ri­ta­tifs ou le soutien à des start-up locales. Les donateurs po­ten­tiels qui s’in­té­res­sent aux projets nationaux sont plus sus­cep­tibles de se voir proposer une sélection spéciale et détaillée sur les pla­te­formes fran­çaises. Il est donc logique que les lanceurs de projets mènent parfois deux campagnes à la fois pour un projet, l’une sur une pla­te­forme in­ter­na­tio­nale et l’autre sur une pla­te­forme française.

Ulule

Le site Ulule a été fondé à Paris en 2010 par Alexandre Boucherot et Thomas Grange. Il a déjà permis le fi­nan­ce­ment de plusieurs milliers de projets dans des domaines dif­fé­rents comme la musique, la création d’en­tre­prise, le fi­nan­ce­ment de projets so­li­daires et as­so­cia­tifs en passant par le pa­tri­moine. En 2018, il dépasse le montant de 100 millions d’euros financés et peut se con­si­dé­rer comme étant la 1ère pla­te­forme de crowd­fun­ding eu­ro­péenne avec plus de 2 330 000 membres dans le monde et possède désormais des bureaux à Rome, Barcelone et Anvers. Ulule mise surtout sur un ac­com­pag­ne­ment per­son­na­lisé délivré à chaque lanceur de projet et sur la proximité pour se démarquer des autres pla­te­formes, amé­ri­caines notamment.

En ce qui concerne les pages de projet, Ulule a subit l’influence des leaders in­ter­na­tio­naux comme Kicks­tar­ter et Indiegogo. La page d’un projet laisse une place im­por­tante à l’il­lus­tra­tion et à la des­crip­tion détaillée du projet avec une multitude d’in­for­ma­tions, alors que le site Web reste lui mi­ni­ma­liste. Il existe quatre onglets, « accueil » pour la des­crip­tion du projet, « news » est réservé au lanceur du projet pour détailler des ac­tua­li­tés sur l’avan­ce­ment de son projet et enfin « com­men­taires » et « con­tri­bu­teurs », ce dernier onglet affiche la liste de tous les donateurs.

Ulule est une pla­te­forme de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif avec con­tre­par­ties en nature (service ou produit). Mais deux méthodes de collecte y co­ha­bi­tent. Le lanceur de projet peut en effet définir soit un objectif de fi­nan­ce­ment ou bien un nombre d’objets/con­tre­par­ties à pré-vendre, dans les deux cas une durée limite est obli­ga­toire. Il est né­ces­saire d’atteindre l’objectif défini : c’est donc ici le principe du « tout ou rien », l’ins­crip­tion est cependant gratuite. Les lanceurs de projet sont ac­com­pag­nés par Ulule, l’équipe apporte des re­com­man­da­tions pour l’aide à la pré­sen­ta­tion du projet et vérifie aussi la cré­di­bi­lité des lanceurs et si les projets cor­res­pon­dent aux critères de la pla­te­forme.

Les projets sont triés par catégorie, la pla­te­forme semble pri­vi­lé­gier les concepts créatifs puisque les ca­té­go­ries les plus visibles sont « BD », « Musique », « Film et vidéo », « Edition et Journal », « Spectacle vivant » et « Artisanat et Cuisine ». Un forum com­mu­nau­taire alimenté par les uti­li­sa­teurs et l’équipe d’Ulule permet des débats sur des sujets po­pu­laires en lien avec la création et le dé­ve­lop­pe­ment des projets.

Pour con­tri­buer à un projet, vous avez alors le choix dans la partie droite de la page du projet entre plusieurs con­tri­bu­tions avec des con­tre­par­ties en retour. Le lanceur de projet peut choisir le montant minimum et des packages dif­fé­rents (des con­tre­par­ties) qui sont alors proposées.

Si un projet n’atteint pas son objectif, les fonds sont rem­bour­sés aux con­tri­bu­teurs, sans com­mis­sion. Sinon, la com­mis­sion d’Ulule, qu’importe le montant est de 6,67 % HT pour les fonds collectés par carte bancaire et de 4,17 % par PayPal. Enfin, la TVA est aussi ap­pli­cable en fonction de la lo­ca­li­sa­tion du lanceur de projet. Pour la France elle est de 20 % et le taux de com­mis­sion TTC s’établit donc à 8 % pour les CB et à 5 % pour les fonds collectés par PayPal. À noter que les frais de com­mis­sion sont dé­gres­sifs à partir de 100 000 euros.

Le site est dis­po­nible en 6 langues (français, anglais, italien, espagnol, allemand et néer­lan­dais). La pla­te­forme Ulule mise aussi sur l’im­por­tance de la promotion et de l’animation des campagnes et apporte dans ce sens de nombreux outils et in­for­ma­tions pratiques. Le support et l’aide aux uti­li­sa­teurs se révèle être assez complet et clair.

Avantages In­con­vé­nients
Avec la pla­te­forme française la plus im­por­tance, les projets nationaux et européens peuvent être très bien financés et lancés, … … mais obtenir une audience com­plè­te­ment in­ter­na­tio­nale semble toutefois limitée.
Réaliser des dons est simplifié notamment avec la pos­si­bi­lité d’utiliser votre carte bancaire ou le service Paypal, … … Les frais et les com­mis­sions peuvent se révéler être assez im­por­tantes en com­pa­rai­sons à d’autres pla­te­formes.
Le principe du « tout ou rien » apporte de la clarté et protège mieux les donateurs contre la fraude, … … mais cela limite aussi les lanceurs de projet dans la con­cep­tion et la nature des campagnes de fi­nan­ce­ment.
La pla­te­forme se spé­cia­lise et se valorise dans les projets créatifs et ar­tis­tiques, … … ce qui limite la vi­si­bi­lité de certains projets en­tre­pre­neu­riaux notamment pour les start-up.
Ac­com­pag­ne­ment dans la phase de con­cep­tion de la page des projets et jugement sur la cré­di­bi­lité des lanceurs de projet, … … les projets doivent répondre aux critères d’éli­gi­bi­lité (lo­ca­li­sa­tion du projet par exemple) ce qui limite le nombre de projets.

Kiss­Kiss­Bank­Bank

Kiss­Kiss­Bank­Bank est également une en­tre­prise française de crow­fun­ding lancée en 2010 par Ombline Le Lasseur et Adrien Aumont notamment. La pla­te­forme s’oriente alors assez ra­pi­de­ment vers le fi­nan­ce­ment de projets créatifs (notamment pour la musique) puis des projets d’en­tre­pre­na­riats. Ce dernier point est amplifié avec le lancement en 2014 du site LEN­DO­PO­LIS pour faciliter l’in­ves­tis­se­ment dans des projets de TPE et de start-up, alors que le site Web original se con­sa­crant davantage aux projets créatifs. En juin 2017, La Banque postale achète com­plè­te­ment la pla­te­forme Kiss­Kiss­Bank­Bank, cette dernière en devient donc une filiale.

Il existe déjà plus de 1 520 000 uti­li­sa­teurs (Kiss­Ban­kers), ce qui en fait une pla­te­forme de taille moyenne voire im­por­tante pour le ter­ri­toire national. La modèle de la pla­te­forme est aussi basé sur la règle du « tout ou rien », ainsi si l’objectif n’est pas atteint, la con­tri­bu­tion d’un Kiss­Ban­kers est au­to­ma­ti­que­ment et in­té­gra­le­ment rem­bour­sée. Ainsi la pla­te­forme est dans son modèle assez similaire à Ulule.

La com­mis­sion de la pla­te­forme s’élève à hauteur de 5 % sur les collectes de fonds réussies, elle est facturée au lanceur de projet. S’ajoute à cela 3 % de frais de tran­sac­tions bancaires. Le créateur de projet a la pos­si­bi­lité d’offrir des con­tre­par­ties en échange des con­tri­bu­tions, des dons des in­ter­nautes.

Il faut aussi noter le rôle des mentors, ces derniers sont des en­tre­prises, ins­ti­tu­tions ou des médias qui sou­tien­nent fi­nan­ciè­re­ment des projets sur la pla­te­forme et qui proposent aussi certains projets (venant de leurs propres membres, employés etc.). Kiss­Kiss­Bank­Bank a récemment racheté la pla­te­forme de dons gratuits Goodeed, do­ré­na­vant le fi­nan­ce­ment de projets so­li­daires se réalise davantage sur cette dernière pla­te­forme.

Les projets y sont classés dans de nom­breuses ca­té­go­ries comme « So­li­da­rité », « BD », « Écologie », « Sport » etc. En re­cher­chant un projet vous pouvez aussi trier par « Projet en cours » ou « projets réussis » puis par « Notre sélection » et « po­pu­laires ».

La page d’un projet se présente plus ou moins comme sur Ulule, laissant la majorité de l’espace à l’il­lus­tra­tion (via une vidéo notamment) et à la des­crip­tion du projet. Sur la droite se trouve un résumé de l’état actuel du projet et en dessous les boutons pour pouvoir le soutenir via souvent le choix entre plusieurs con­tre­par­ties. Les boutons pour les réseaux sociaux sont évi­dem­ment présents.

Trois onglets sup­plé­men­taires sont visibles : il s’agit de l’onglet « ac­tua­li­tés » ou le lanceur de projet peut poster des infos sup­plé­men­taires con­cer­nant l’avan­ce­ment du projet, l’onglet « com­men­taires » ou les in­ter­nautes peuvent commenter le projet ou in­ter­pel­ler le créateur et enfin l’onglet « con­tri­bu­teurs » avec la classique liste des donateurs.

Avantages In­con­vé­nients
Une pla­te­forme française innovante et solide faisant partie de la Banque postale, … … mais la com­mu­nauté reste limitée pour lancer un projet à dimension in­ter­na­tio­nale
La pla­te­forme permet de nom­breuses options de paiement allant de la carte de crédit classique au service de Paypal, … … mais les frais et les com­mis­sions ne sont pas moins élevés que sur d’autres pla­te­formes con­cur­rentes.
Le site Web est moderne et offre une na­vi­ga­tion agréable, … … mais la sé­pa­ra­tion des sites (LEN­DO­PO­LIS, Goodeed) cloisonne les projets.
Les pages de projet sont complètes et pratiques, idéal pour créer une dynamique notamment avec les boutons des réseaux sociaux … … cependant la durée de collecte pour un projet est de 60 jours.
La sélection des projets est assez stricte, ainsi les projets doivent être sérieux … … ce qui toutefois limite la création de projets notamment per­son­nels (voyages, mariage etc.)

Tableau ré­ca­pi­tu­la­tif des pla­te­formes de fi­nan­ce­ment

Pla­te­forme Année de lancement Langues Uti­li­sa­teurs (2018) Frais et com­mis­sions Modèle de crowd­fun­ding Adapté pour
Kicks­tar­ter 2009 Anglais, allemand, espagnol et français 15,5 millions 5 % + 3 ou 5 % de frais de tran­sac­tion Reward Based/ Crowd­fun­ding classique (principe du « tout ou rien », le lanceur de projet reçoit l’argent collecté environ deux semaines après la fin du fi­nan­ce­ment) Artistes, cher­cheurs, start-up
GoFundMe 2010 Allemand, anglais, espagnol, français, italien, néer­lan­dais et portugais 50 Millions de donneurs in­di­vi­duels (aucune in­for­ma­tion sur les en­re­gis­tre­ments) 8,45 % + 25 centimes par don Le crowd­fun­ding basé sur les dons (sans con­tre­par­tie), où tous les dons sont versés, quel que soit le succès de la campagne (objectif atteint ou pas). Si­tua­tions d’urgence, projets à des fins ca­ri­ta­tives, appels privés de collecte de dons, projets so­li­daires etc.
Indiegogo 2008 Anglais, français, allemand et espagnol 9 millions 5 % + 3 % + 0,30 centimes par tran­sac­tion Reward-Based/Crowd­fun­ding classique (les dons vont in­di­vi­duel­le­ment et di­rec­te­ment au lanceur de projet) Artistes, in­ven­teurs, Start-up ; fins ca­ri­ta­tives et non lu­cra­tives (« Indiegogo Ge­ne­ro­sity »)
Patreon 2013 Anglais 2 millions 0,05 Reward-Based/Crowd­fun­ding classique (mais avec la pos­si­bi­lité de faire un modèle d’abon­ne­ment) Artistes, Pro­duc­teurs de contenu (surtout les YouTubers)
Ulule 2010 Français, anglais, allemand, italien, espagnol, néer­lan­dais 2,3 millions 0,08 Reward Based/ Crowd­fun­ding classique (principe du « tout ou rien ») Artistes, créateurs, Start-up
Kiss­Kiss­Bank­Bank 2010 Francais, anglais, allemand 1,5 millions 5 % + 3 % de frais de tran­sac­tion Reward Based/ Crowd­fun­ding classique (principe du « tout ou rien »,) Artistes, créateurs, Start-up
Conseil

Découvrez-en plus sur « Créer un bouton de don PayPal ou Wordpress sur un site Web » dans notre article détaillé.

Veuillez prendre con­nais­sance des mentions légales en vigueur sur cet article.

Aller au menu principal