Droit à l’image et droit d’auteur : quelles règles sur Internet ?
Les images en ligne ne sont pas automatiquement libres d’utilisation. Sans licence ni accord de l’auteur, vous vous exposez à des mises en demeure pour violation du droit d’auteur. Même vos propres photos peuvent être soumises à des contraintes légales, par exemple en raison de la liberté de panorama ou du droit à l’image.
Résumé
- Vérifiez les droits : Une image accessible en ligne n’est pas librement réutilisable ; contrôlez la licence, le domaine public ou une exception applicable.
- Distinguez les exceptions : Une galerie privée ou la mention de l’auteur ne suffit pas ; reproduire une photo entière n’est pas automatiquement une courte citation.
- Respectez les limites des photos personnelles : L’exception de panorama vise certaines œuvres permanentes sur la voie publique, pour les personnes physiques et hors usage commercial.
- Contrôlez le droit à l’image et l’IA : Vérifiez les autorisations des personnes représentées et les droits de tiers ; un label IA ne garantit pas la légalité.
- Documentez les autorisations : Conservez les licences et définissez les obligations des agences ; une indemnisation contractuelle ne supprime pas les recours des titulaires de droits.
Que protège le droit d’auteur ?
Les œuvres artistiques et scientifiques sont protégées par le droit d’auteur. La notion d’« œuvre » recouvre aussi bien la littérature et la musique que les arts visuels et cinématographiques, y compris la photographie.
Une photographie bénéficie du droit d’auteur si elle est originale et reflète des choix créatifs propres à son auteur. Le cadrage, la composition ou la lumière peuvent être pertinents, mais de simples réglages techniques ne suffisent pas automatiquement. L’originalité s’apprécie concrètement ; les idées et méthodes ne sont pas protégées en tant que telles.
Sur le plan juridique, le photographe est considéré comme l’auteur de l’œuvre au sens du Code de la propriété intellectuelle. À ce titre, il dispose du droit exclusif d’autoriser ou d’interdire l’utilisation de la photographie, sauf en cas de cession de droits à un tiers. L’auteur est toujours la personne qui réalise concrètement la création, et non celle qui se contente de fournir une idée ou un concept. La protection du droit d’auteur s’applique pendant 70 ans après le décès de l’auteur.
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Quand le droit d’auteur ou le droit à l’image est-il enfreint sur Internet ?
Toute personne qui publie des photos ou d’autres images sur un site Web ou sur les réseaux sociaux les rend accessibles au public. Une telle publication nécessite en principe l’autorisation préalable de la personne représentée et, le cas échéant, de l’auteur de la photographie. Cette obligation s’applique aussi bien aux usages privés qu’aux usages professionnels ou commerciaux.
Le partage d’images sur les plateformes de réseaux sociaux requiert également des droits d’utilisation valides. En effet, les conditions d’utilisation de ces plateformes prévoient souvent l’octroi de droits étendus sur les contenus publiés. Une telle cession n’est licite que si la personne qui met l’image en ligne dispose elle-même des droits nécessaires.
Une galerie protégée par un mot de passe ne constitue pas une exemption générale. Les exceptions de représentation dans le cercle de famille et de copie strictement privée ont des conditions distinctes ; elles n’autorisent pas automatiquement la mise en ligne ou le partage de photographies de tiers. Un groupe fermé sur un réseau social n’est pas nécessairement un cercle de famille.
Les exceptions au droit d’auteur ont des conditions précises. Les courtes citations doivent notamment être justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre qui les intègre et mentionner l’auteur et la source. Reproduire une photographie entière pour illustrer un texte n’est pas automatiquement une courte citation. La parodie, le pastiche et la caricature obéissent également aux critères du Code de la propriété intellectuelle et de la jurisprudence.
Quelles peuvent être les conséquences d’une violation du droit d’auteur ?
L’accès libre à une image sur Internet n’autorise pas sa réutilisation. Vérifiez la durée de protection, la licence et les exceptions applicables ; certaines œuvres sont effectivement dans le domaine public.
La détection des violations du droit d’auteur est aujourd’hui un secteur professionnel à part entière. Les agences photo, les marques et les photographes ont recours à des services de recherche spécialisés ou à des outils fondés sur l’IA pour identifier automatiquement l’utilisation non autorisée de leurs œuvres sur Internet. Des plateformes comme Meta ou Pinterest collaborent par exemple avec des systèmes de reconnaissance afin de signaler les atteintes aux droits ou de bloquer les contenus concernés.
Utiliser une œuvre protégée sans autorisation ni exception applicable peut constituer une contrefaçon. Une modification légère ou une recréation par IA ne supprime pas automatiquement les droits sur l’original.
Les conséquences possibles incluent notamment :
- Des mises en demeure assorties d’obligations de cessation
- Des demandes de dommages et intérêts
- Des procédures judiciaires
Les dommages et intérêts tiennent notamment compte des conséquences économiques, du préjudice moral et des bénéfices réalisés par l’auteur de l’atteinte. La partie lésée peut demander une somme forfaitaire dans les conditions de l’article L331-1-3 du Code de la propriété intellectuelle. Il ne s’agit donc pas uniquement de rembourser le prix d’une licence ; des frais de procédure peuvent aussi s’ajouter.
Comment éviter les violations du droit d’auteur lors de l’utilisation d’images ?
Dans la pratique, il est souvent difficile d’identifier à qui appartiennent les droits sur l’image et de contacter l’auteur. Pour limiter les risques juridiques, les exploitants de sites Web privilégient généralement deux solutions fiables :
- L’achat ou l’octroi de licences via des agences de photographie
- L’utilisation de contenus sous licence Creative Commons provenant de plateformes reconnues.
Agences de photographie
Les agences de photographie commercialisent des licences d’utilisation selon des conditions à vérifier. Parmi les fournisseurs connus figurent Adobe Stock, Shutterstock, Getty Images, iStock et Unsplash+. La rémunération des créateurs dépend de chaque contrat et plateforme ; aucun pourcentage général ne vaut pour tous.
On distingue généralement :
- Les licences à droits gérés (rights managed) : elles définissent les usages, supports, territoires ou durées autorisés ; un nouvel usage peut nécessiter une nouvelle licence.
- Les licences libres de redevances (royalty free) : elles permettent des utilisations dans les limites convenues, généralement sans paiement pour chaque usage. Elles ne signifient ni gratuité, ni liberté illimitée, ni absence de droit d’auteur.
Lors de l’utilisation de ce type d’images, plusieurs points doivent être pris en compte :
- Lire attentivement les conditions de licence, notamment en ce qui concerne les supports autorisés, les modifications et les obligations de mention
- Une mention incorrecte ou absente de l’auteur peut entraîner une mise en demeure
- La forme de la mention varie selon la plateforme : certaines exigent une attribution directe sous l’image, d’autres acceptent une indication dans les mentions légales ou dans un répertoire des sources.
Certains fournisseurs proposent des contenus générés par IA, mais un label « Generative AI » ne garantit pas l’absence de réclamation. Vérifiez la licence, la provenance déclarée, les autorisations relatives aux personnes ou aux marques et les conditions des garanties ou indemnisations. Des données d’entraînement peuvent comprendre des œuvres protégées utilisées sous licence ; il serait inexact de garantir qu’aucune œuvre protégée n’a été employée.
Creative Commons
Creative Commons (CC) propose des licences standard pour partager des œuvres sous conditions. Flickr et Wikimedia Commons indiquent des licences CC pour certains contenus. Unsplash utilise sa propre licence, et Unsplash+ dispose de conditions particulières ; tout leur contenu n’est pas sous licence CC.
Les principaux types de licences sont les suivants :
- CC BY : l’utilisation est autorisée à condition de mentionner l’auteur.
- CC BY-SA : utilisation et adaptation, même commerciales, avec attribution ; les adaptations sont partagées sous la même licence.
- CC BY-NC : utilisation et adaptation avec attribution, uniquement à des fins non commerciales.
- CC BY-ND : partage du contenu non adapté, avec attribution, y compris commercialement.
- CC BY-NC-SA : adaptations non commerciales avec attribution et partage sous la même licence.
- CC BY-NC-ND : partage du contenu non adapté, avec attribution et uniquement à des fins non commerciales.
- CC0 : vise à dédier l’œuvre au domaine public, avec une licence de secours si la renonciation n’est pas possible ; les droits à l’image, à la vie privée et les marques restent à vérifier.
Il est indispensable de toujours respecter toutes les conditions de la licence, par exemple la mention correcte de l’auteur, l’indication du type de licence ou l’ajout d’un lien vers la source originale.
Pour modifier une œuvre CC avec une IA, vérifiez que la licence autorise l’adaptation et sa diffusion. L’article 50 du Règlement européen sur l’IA distingue le marquage technique imposé aux fournisseurs de l’obligation des utilisateurs de déclarer certains contenus, notamment les hypertrucages (deepfakes). Il comporte des exceptions et des règles particulières : toute retouche courante ne doit pas nécessairement porter une étiquette visible. Évaluez les obligations applicables et évitez d’induire le public en erreur.
Une licence ou le domaine public n’efface pas automatiquement les droits à l’image, à la vie privée, les marques ou d’autres droits de tiers.
Quand et dans quelles limites peut-on utiliser ses propres images ?
Afin d’éviter les droits de licence et de rester indépendant des agences et des tiers, il est bien sûr possible de réaliser soi-même les photos destinées à son site Web. Toutefois, même en tant qu’auteur d’une image, le droit d’utilisation n’est pas toujours illimité, car le choix du motif peut entraîner des restrictions légales, notamment lorsque des œuvres protégées, des personnes ou des biens appartenant à des tiers sont représentés.
Les photos de bâtiments et de places publiques
L’article L122-5, 11° du Code de la propriété intellectuelle prévoit une exception pour les reproductions et représentations d’œuvres architecturales et de sculptures placées en permanence sur la voie publique, réalisées par des personnes physiques, à l’exclusion de tout usage à caractère commercial. La liberté de panorama française n’est donc pas une autorisation générale pour les sites d’entreprise ou toutes les œuvres d’art visibles en public.
Plusieurs points doivent toutefois être pris en compte :
- Pour une utilisation commerciale d’une œuvre encore protégée, vérifiez les autorisations nécessaires ou l’existence d’une autre exception applicable.
- Les prises de vue réalisées sur des propriétés privées, dans des musées, des parcs ou des sites fermés sont soumises au droit du propriétaire ou du gestionnaire, qui peut interdire ou limiter la photographie.
- Les prises de vue par drone doivent respecter la réglementation aéronautique, les restrictions de zone et la vie privée ; la liberté de panorama n’autorise pas le vol.
- L’exception vise les œuvres architecturales et les sculptures permanentes sur la voie publique, pas toutes les installations, peintures ou expositions temporaires.
Les photos d’œuvres protégées
Comme indiqué précédemment, le droit d’auteur protège toutes les œuvres, qu’il s’agisse de peintures et d’installations, mais aussi de sacs à main ou objets de design. L’élément déterminant est la façon dont ces œuvres apparaissent de manière proéminente sur la photographie :
- Si l’œuvre est le sujet principal, une autorisation peut être nécessaire, sauf domaine public ou exception applicable.
- Une présence véritablement accessoire peut être pertinente au regard de la jurisprudence, mais l’arrière-plan n’est pas une exemption automatique. Il faut apprécier le contexte et l’importance de la reproduction.
Pour les designs de produits ou l’architecture intérieure, la délimitation peut toutefois s’avérer délicate. En cas de doute, il est recommandé d’obtenir une autorisation écrite.
Les photos de personnes
En France, toute personne dispose d’un droit à l’image, reconnu par l’article 9 du Code civil et encadré, en matière de traitement de données personnelles, par les dispositions du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Concrètement, cela signifie qu’une photographie ne peut en principe être publiée ou diffusée sans le consentement de la personne représentée. Pour les séances photo avec des mannequins ou les photos de collaborateurs, il est fortement recommandé d’obtenir un accord écrit précisant clairement l’objectif, la durée et le périmètre d’utilisation, par exemple une utilisation sur le site Web de l’entreprise et sur les réseaux sociaux.
Il existe toutefois des exceptions reconnues par la jurisprudence dans lesquelles le consentement n’est pas requis lorsque :
- La personne apparaît uniquement comme un élément accessoire de l’image
- La photographie représente un événement collectif ou une foule, sans mise en avant d’un individu en particulier
- L’image illustre un fait d’actualité ou concerne des personnes publiques dans l’exercice de leurs fonctions
- La publication répond à un intérêt légitime d’information du public
- Un objectif artistique prépondérant peut être invoqué
Attention : ces exceptions sont interprétées de manière restrictive par les juridictions. Chaque publication implique une mise en balance entre le droit à l’information et le respect de la vie privée et de la personnalité.
Pour les photographies d’enfants, les parents protègent en commun le droit à l’image de leur enfant mineur selon l’article 372-1 du Code civil et l’associent à la décision selon son âge et sa maturité. Vérifiez qui exerce l’autorité parentale et obtenez l’accord requis ; ne présumez pas qu’un seul parent peut toujours autoriser une diffusion. L’intérêt de l’enfant et sa vie privée doivent être respectés.
Lorsqu’une photographie réalisée par vos soins est retouchée à l’aide de l’intelligence artificielle, par exemple via des filtres ou des outils de stylisation, vous restez en principe titulaire des droits sur l’image originale. Toutefois, l’utilisation de services d’IA externes peut poser problème si leurs conditions générales prévoient des droits d’utilisation étendus sur les contenus importés. Ces dispositions figurent généralement dans les conditions générales d’utilisation.
Les images de produit
Vos photographies originales de produits peuvent être protégées par le droit d’auteur. Toutefois, vendre un produit ne permet pas automatiquement tout usage des œuvres, marques ou designs représentés.
Toutefois, certaines limites s’appliquent :
- Les images de produit des fabricants ou des fournisseurs ne peuvent être utilisées qu’avec leur accord explicite ou sur la base de droits d’utilisation définis contractuellement.
- Si les photographies montrent des marques, des logos ou des designs appartenant à des tiers, les droits de marque ou de design doivent être respectés, en particulier dans un contexte publicitaire ou pour une boutique en ligne.
Lorsque le fabricant met lui-même des images à disposition, les conditions d’utilisation doivent être précisées par écrit, par exemple en ce qui concerne les canaux autorisés ou la durée d’utilisation.
Que faut-il prévoir lorsqu’un site Web est confié à une agence tierce ?
Lorsqu’un site Web ou une présence en ligne est réalisé par une agence externe, un freelance ou un webdesigner, les droits et obligations liés à l’utilisation des images doivent être définis de manière explicite dans le contrat. Il ne s’agit pas seulement d’un aspect organisationnel, mais d’une protection essentielle contre d’éventuels risques juridiques.
L’exploitant du site peut être mis en cause, mais l’agence, le designer ou le créateur peut également être responsable selon sa participation à l’atteinte. Une clause d’indemnisation organise les recours contractuels entre les parties ; elle ne supprime pas les droits des titulaires lésés.
Depuis l’essor des contenus générés par l’IA, les contrats devraient prévoir une clause spécifique relative à l’utilisation d’outils d’IA. En effet, une image générée par l’IA n’est pas automatiquement libre de droits, et certaines plateformes, comme Midjourney ou OpenAI, peuvent se réserver des droits d’utilisation sur les contenus produits. Le commanditaire doit donc s’assurer que seuls des contenus juridiquement sûrs, clairement licenciés ou créés spécifiquement pour le projet, sont utilisés.
En matière de protection des données, déterminez les rôles des parties et la base juridique applicable aux images de personnes identifiables. Les marques ou les lieux ne sont pas, à eux seuls, des données personnelles. Vérifiez aussi les droits d’utilisation et les obligations du RGPD pertinentes.
Un contrat professionnel devrait donc inclure au minimum les éléments suivants :
- La preuve des droits d’image, par exemple certificats de licence ou listes d’auteurs
- Une clause d’indemnisation pour les contenus illicites fournis par l’agence, précisant sa portée et ses conditions
- L’interdiction d’utiliser des images non licenciées ou générées par IA sans vérification préalable des droits d’utilisation
- L’obligation de respecter le RGPD et le droit d’auteur
- L’obligation de conserver les preuves de licence en cas de contrôle ou de demande ultérieure

