En tant qu‘en­tre­pre­neur, vous devez remplir vos obli­ga­tions comp­tables et présenter aux impôts chaque année un bilan en comp­ta­bi­lité à partie double. Une comp­ta­bi­lité complète implique également de cons­ti­tuer et de solder les pro­vi­sions cor­rec­te­ment. Alors quelle est la marche à suivre en ce qui concerne les pro­vi­sions ? Voici nos ex­pli­ca­tions pas à pas. 

À quoi cor­res­pon­dent les pro­vi­sions ?

Les pro­vi­sions sont définies ainsi par l’article 212-3 du Plan Comptable Général : « une provision est un passif dont l’échéance ou le montant n’est pas fixé de façon précise ». Les pro­vi­sions cor­res­pon­dent donc à des charges probables, c’est-à-dire des montants qui devront pro­ba­ble­ment être dépensés dans le futur, mais sans que leur date ou leur montant ne soit encore déterminé. Il s’agit donc d’une opération in­cer­taine cor­res­pon­dant à l’es­ti­ma­tion d’un risque éventuel, et calculé selon le principe de pré­cau­tion.

La provision comptable est en général comp­ta­bi­li­sée en fin d’exercice, c’est-à-dire à la fin de l’année, et en con­sé­quence d’évè­ne­ments qui ont eu lieu au cours de l’année, et qui sont sus­cep­tibles d’engendrer des dettes dans le futur. Elle constitue un passif pour l’en­tre­prise, autrement dit une somme négative qui cor­res­pond à une dépense et sera déduite du résultat final. Lorsque l’on rédige un bilan comptable annuel, il s’agit d’établir une provision à laquelle on attribue la valeur estimée des coûts futurs. Pour comp­ta­bi­li­ser une provision il faut que deux critères soient réunis :

  • Une obli­ga­tion à l’égard d’un tiers
  • La pro­ba­bi­lité forte qu’une dépense au bénéfice de ce tiers (sans con­tre­par­tie pour l’en­tre­prise) in­ter­vienne dans le futur

Il existe plusieurs types de pro­vi­sions selon la nature des coûts. Elles cor­res­pon­dent à des sub­di­vi­sions de la classe 15 du PCG :

  • Compte 151 : pro­vi­sions pour risques
  • Compte 153 : pro­vi­sions pour pensions et obli­ga­tions si­mi­laires
  • Compte 154 : pro­vi­sions pour res­truc­tu­ra­tions
  • Compte 155 : pro­vi­sions pour impôts
  • Compte 156 : pro­vi­sions pour re­nou­vel­le­ment des im­mo­bi­li­sa­tions
  • Compte 157 : pro­vi­sions pour charges à répartir sur plusieurs exercices
  • Compte 158 : autres pro­vi­sions pour charges

Comment comp­ta­bi­li­ser les pro­vi­sions au bilan comptable et les solder

En raison de leur nature in­cer­taine, les pro­vi­sions portées au bilan comptable doivent être jus­ti­fiées et ar­gu­men­tées par des calculs fiables et in­di­vi­dua­li­sés.

Les principes fon­da­men­taux du bilan comptable

Pour en­re­gis­trer cor­rec­te­ment les pro­vi­sions au bilan comptable, il est essentiel de bien en com­prendre les grands principes :

1. Le bilan est fondé le principe d’actifs et de passifs :

  • Les actifs cor­res­pon­dent à des éléments ayant une valeur éco­no­mique positive pour l’entité, c’est-à-dire créant des res­sources, qu’elles soient générées lors de la rédaction du bilan ou dans le futur.
  • Les passifs ras­semblent les éléments à valeur négative pour l’en­tre­prise, c’est-à-dire une sortie de res­sources, immédiate ou à plus long terme. C’est à cette catégorie qu’ap­par­tien­nent les pro­vi­sions.
  • Il doit toujours y avoir une cor­res­pon­dance entre les actifs et les passifs, c’est-à-dire que pour chaque crédit un compte passif doit être débité et pour chaque débit un compte actif doit être crédité. 

2. Le bilan comptable est divisé en deux colonnes : les actifs à gauche et les passifs à droite

  • Les rentrées d’argent sont créditées dans la colonne des actifs à gauche
  • Les dépenses et les débits sont inscrits dans la colonne des passifs à droite

Inscrire les pro­vi­sions au bilan

Dans la mesure où il s’agit de sommes qui devront être dépensées sans con­tre­par­tie pour l’en­tre­prise, les pro­vi­sions figurent dans la colonne des passifs.

Dans le cas où la sortie de ressource est éven­tuelle, la provision est en­re­gis­trée seulement dans l’annexe du bilan.

Comment comp­ta­bi­li­ser des pro­vi­sions

Exemple de provision 1 :

Com­men­çons par un exemple juridique, dans lequel une en­tre­prise devra peut-être verser un certain montant de dommages et intérêts. Le verdict n’est pas encore rendu au terme de l‘exercice de l’année (soit le 31 décembre) : il faut néanmoins comp­ta­bi­li­ser une provision dans le bilan comptable, destinée à couvrir le montant que la société aura à verser, estimé à 14000 euros. Comment procéder dans ce cas ?

Les pro­vi­sions ap­par­tien­nent au passif du bilan, tandis que les rentrées d’argent ap­par­tien­nent à l’actif. Mais dans la mesure où une provision constitue une somme mise de côté pour faire face à  des futures dépenses (ici, les frais ju­di­ciaires de 14000 euros), elle est d’abord comp­ta­bi­li­sée dans la colonne des crédits.

Comp­ta­bi­lité au 31.12.2017

L’entrée d’argent de 14 000 € se trouve donc dans la colonne des crédits, sous l’intitulé « provision par­ti­cu­lière ». Dans la colonne des débits sont men­tion­nés les « in­dem­ni­tés et frais d‘avocats »

En avril 2018, la procédure est achevée, et vous devez payer un montant s’élevant à 17 225 €. Il s’agit donc d’ajuster l’équilibre des comptes. Voici comment procéder :

Comp­ta­bi­lité en avril 2018

Dans la mesure où le jugement a été rendu et que vous con­nais­sez la somme qu’il vous incombe de payer, il n’est pas né­ces­saire de garder la provision, mais au contraire de la dépenser à cette fin : il faut donc inverser l’état actuel et verser l’in­té­gra­lité du montant de la provision, soit 14 000 €, sur le compte débiteur, et de l’inscrire dans la colonne de gauche. La somme totale à payer, taxes comprises, s’élève à 17 255 €, dont 2.755 € de taxes qui seront payées au Trésor Public ul­té­rieu­re­ment et doivent donc être déduites de la facture dans l’immédiat.

17.255,00 Euro : 119 ∙ 100 = 14.500,00 Euro

Les résultats montrent que l’avocat vous demande la somme de 14 500 € nets, soit 500 € de plus que votre es­ti­ma­tion. Il faut donc créditer un autre compte de dépenses (en débit) avec l’intitulé « In­dem­ni­tés et frais d‘avocats » et préciser cette dif­fé­rence de 500 €. Votre provision est donc soldée et les montants s’équi­librent.

Exemple de provision 2 : que se passe-t-il dans le cas où le montant de la facture que vous recevez est inférieur à votre es­ti­ma­tion ? Supposons que les coûts ju­ri­diques s’élèvent à 16 065 €. Dans ce cas, votre comp­ta­bi­lité serait ainsi rédigée :

Comp­ta­bi­lité au 31.12.2017

Comp­ta­bi­lité en avril 2018

Dans ce cas, la comp­ta­bi­lité au 21.12.2017 reste la même. Durant l’année ca­len­daire 2017, vous estimez toujours que vous devrez payer en 2018 une facture de 14 000 €. En avril, vous recevez ladite facture, dont le montant s’élève à 16 065 € taxes comprises. De même, vous devrez solder la provision en la trans­fé­rant sur un compte débiteur. Les taxes s’élèvent ici à 2.565 €.

Une fois les taxes payées, vous ne devez à l’avocat que la somme de 13 500 € nets, soit 500 € de moins que ce que vous aviez calculé en 2017. Il faut donc inscrire cette valeur comme un revenu dans la colonne des crédits, sous l’intitulé « Revenu généré par la réduction de la provision ». Votre revenu a donc augmenté de 500 €.

Veuillez prendre con­nais­sance des mentions légales en vigueur sur cet article.

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