Savoir ap­pré­hen­der ses erreurs de la bonne façon est un élément essentiel pour une pro­gres­sion per­son­nelle ou pro­fes­sion­nelle. Notre manière de concevoir et d’ap­pré­hen­der les erreurs constitue notre culture de l’erreur. Dans une en­tre­prise, en­tre­te­nir une culture positive de l’erreur peut avoir des effets bé­né­fiques à long terme si les col­la­bo­ra­teurs adoptent l’attitude qui convient.

Nous allons voir ensemble ce que renferme le mot « culture de l’erreur » dans une en­tre­prise, les raisons pour les­quelles de nom­breuses en­tre­prises n’en­tre­tien­nent pas cette culture positive de l’erreur et les points décisifs qui per­met­traient sa mise en place dans votre en­tre­prise.

Qu’entend-on par culture de l’erreur ?

Le terme « culture de l’erreur » est employé dans les sciences éco­no­miques et sociales pour décrire la manière dont les hommes ap­pré­hen­dent les risques et les erreurs au sein d’un groupe social. Cette ex­pres­sion est apparue au milieu du 20e siècle dans l’en­vi­ron­ne­ment scien­ti­fique avant de se répandre dans les milieux éco­no­miques.

Note

On utilise souvent le terme « culture de l’erreur » pour désigner « la gestion de l’erreur ». Certaines écoles de pensée font cependant la dis­tinc­tion entre notre manière de concevoir les erreurs, la façon dont nous les ap­pré­hen­dons (la culture de l’erreur) et les méthodes mises en place au sein d’une en­tre­prise pour gérer des erreurs qui ont été commises (la gestion de l’erreur).

Et même si en termes de droit à l’erreur en en­tre­prise, on parle d’une « culture positive de l’erreur », cela ne veut pas dire que l’en­tre­prise soit in­dif­fé­rente aux erreurs qui peuvent être commises. L’idée est plutôt d’adopter une attitude positive à l’égard des erreurs qui sur­vien­nent dans le but d’éviter d’autres dégâts, et de pouvoir tirer un en­seig­ne­ment de ces erreurs, pour que celles-ci se trans­for­ment en ca­ta­ly­seurs de succès.

Où en est-on avec la culture de l’erreur dans les pays fran­co­phones ?

On dit de la France qu’elle est un pays de mé­ri­to­cra­tie. L’idée que l’on n’ait pas droit à l’erreur est pro­fon­dé­ment ancrée dans notre culture. À l’école déjà, l’erreur, longtemps assimilée en France à une faute, engendre de mauvaises notes, de mauvaises ap­pré­cia­tions, avec les con­sé­quences que l’on connaît.

Cette in­to­lé­rance à l’erreur est fortement répandue en France, et en par­ti­cu­lier à l’école, où l’idée de l’erreur engendre beaucoup de stress chez l’enfant. Plus tard, ce qui compte dans le monde de l’en­tre­prise, c’est avant tout de réussir, en évitant à tout prix de faire des erreurs. Pendant longtemps, lorsque les en­tre­prises se pen­chaient sur la notion de droit à l’erreur, leur principal souci était de savoir comment faire pour éviter les erreurs. Il a fallu attendre les années 1990 pour voir ap­pa­raître une nouvelle com­pré­hen­sion de la notion de l’erreur et même une nouvelle culture : la culture de l’erreur ap­pre­nante.

L’économie japonaise était alors en pleine crois­sance. Les pays oc­ci­den­taux étaient encore empêtrés dans leur ancienne culture de l’erreur. En France, comme dans beaucoup de pays voisins, on re­cher­chait les coupables et les causes liées aux erreurs, tandis que les Japonais se fo­ca­li­saient sur les solutions et les pro­cé­dures à améliorer.

Jusqu’à ce jour, on constate qu’il est difficile de changer ces attitudes. Bien sûr, le monde de l’en­tre­prise a pris con­nais­sance du concept d’une culture positive de l’erreur, mais dans les faits et dans la pratique, les choses ne bougent que lentement.

Le plus gros ma­len­tendu en termes de culture de l’erreur

Il ne fait aucun doute que la plupart des managers ont entendu parler de la culture de l’erreur et qu’ils savent à quel point cette culture peut initier de vé­ri­tables succès éco­no­miques. Sur le terrain, on constate cependant que beaucoup restent attachés à une approche très tra­di­tion­nelle de l’erreur : quand les employés font des erreurs, on les menace vite de con­sé­quences négatives dans l’espoir de les rendre plus attentifs et plus appliqués à la tâche, ce qui à son tour devrait améliorer les choses.

Avec une telle culture de l’erreur, une en­tre­prise obtient souvent un effet opposé à celui escompté. Peut-être a-t-on l’im­pres­sion dans un premier temps que le nombre d’erreurs baisse ? Et bien que cette baisse du nombre d’erreurs puisse rassurer certains patrons, il n’est pas du tout certain que cette amé­lio­ra­tion soit confirmée sur le long terme. La peur engendrée par les menaces a quant à elle laissé des traces et peut à tout moment entraîner l’en­tre­prise dans une spirale négative.

En effet, la peur des sanctions a tendance à réduire la prise d’ini­tia­tives et la prise de risque chez les employés. On redoute de faire une erreur qui pourrait provoquer la colère de son supérieur et entraîner un aver­tis­se­ment, voire un li­cen­cie­ment dans le pire des cas. Une telle ap­pré­hen­sion du risque peut être fatale, en par­ti­cu­lier dans une société où le succès dépend de plus en plus de la capacité à innover des uns et des autres et de leur prise d’ini­tia­tives. On peut en arriver au point que certains col­la­bo­ra­teurs préfèrent ne rien faire que de faire des erreurs. Si une telle culture de l’évitement s’installe, elle peut entraîner la faillite de l’en­tre­prise.

Ce qui ca­rac­té­rise une culture négative du feed-back :

  • ac­cu­sa­tions et culpa­bi­lité ;
  • dis­si­mu­la­tion des erreurs ;
  • dé­non­cia­tion ouverte de ceux qui font des erreurs.

Avantages d’une culture positive de l’erreur dans une en­tre­prise

Une culture de l’erreur ap­pre­nante n’est pas une simple faveur que l’on fait aux employés de l’en­tre­prise, sans bénéfice par­ti­cu­lier, per­met­tant d’améliorer l’ambiance de travail. C’est au contraire une mesure efficace que l’on prend pour assurer le succès éco­no­mique d’une en­tre­prise.

Car derrière chaque erreur commise se cache une op­por­tu­nité pour l’en­tre­prise de s’améliorer, à condition qu’elle n’ignore pas les erreurs et qu’elle ne cherche pas non plus à les minimiser, mais qu’elle analyse chaque erreur de façon cons­truc­tive. Ce faisant, l’en­tre­prise permettra tout d’abord à la personne impliquée de tirer un en­seig­ne­ment de son erreur pour éviter de la refaire, et ainsi devenir plus per­for­mant. Si l’on fait le choix de parler ou­ver­te­ment de l’erreur, et de manière cons­truc­tive, les autres pourront aussi en profiter.

Ce qui ca­rac­té­rise une culture de l’erreur positive  :

  • ouverture d’esprit quant à la notion d’erreur ;
  • respect de ceux qui re­con­nais­sent leurs erreurs ;
  • ob­jec­ti­vité et fo­ca­li­sa­tion sur l’avenir.

Quelques conseils per­met­tant à une en­tre­prise de mettre en place une culture positive de l’erreur

Une culture positive de l’erreur n’est pas une chose qui se décrète du jour au lendemain. C’est un chan­ge­ment auquel tous les employés doivent con­tri­buer pro­gres­si­ve­ment. Voici quelques conseils qui vous aideront à orienter votre équipe dans la bonne direction.

Le style de com­mu­ni­ca­tion

Si un de vos employés reconnaît son erreur, évitez de réagir de manière ex­ces­si­ve­ment émo­tion­nelle, avec reproches, voire sur un ton vexant. Une telle attitude ne fera qu’empirer la situation et ren­for­cera chez les autres la tendance à vous cacher leurs erreurs, jusqu’au jour où les problèmes seront devenus tellement im­por­tants qu’on ne pourra plus les faire « glisser sous le tapis ». Avoir une com­mu­ni­ca­tion pro­fes­sion­nelle, c’est plutôt apprécier l’honnêteté de votre col­la­bo­ra­teur, en par­ti­cu­lier s’il est venu vous voir de lui-même, et de vous con­cen­trer ensemble sur une possible ré­so­lu­tion du problème.

Le rôle d’exemple

Si vous êtes cadre et que vous cherchez à mettre en place une véritable culture de l’erreur, ouverte et res­pec­tueuse, et à rompre avec la culture du reproche et de la menace, vous devez vous-même montrer l’exemple, ne pas hésiter à re­con­naître vos propres fautes, et à signaler très clai­re­ment le potentiel de pro­gres­sion lié à la culture de l’erreur. Ce faisant, vous ne cachez pas vos com­pé­tences, mais vous pratiquez vous-même ce que vous attendez de vos col­la­bo­ra­teurs.

L’au­to­ré­flexion

Une condition pour pouvoir apprendre de ses erreurs, c’est que chaque col­la­bo­ra­teur fasse preuve d’au­to­ré­flexion. Pour pouvoir envisager de quel­conques amé­lio­ra­tions et cor­rec­tions, il est in­dis­pen­sable que chacun puisse re­con­naître au plus tôt ses propres erreurs. Malgré l’in­ces­sante pression à la pro­duc­ti­vité, incitez vos col­la­bo­ra­teurs à aménager du temps pour l’au­to­ré­flexion, par exemple au moyen de la rédaction de rapports heb­do­ma­daires, ou au cours d’en­tre­tiens avec le personnel.

Dé­sap­pro­ba­tion sys­té­ma­tique de tout com­por­te­ment négatif

Dé­sap­prou­ver sys­té­ma­ti­que­ment toute tentative de dis­si­mu­la­tion des erreurs est tout aussi important qu’inciter son personnel à re­con­naître ses erreurs. Si vous constatez que certains col­la­bo­ra­teurs ne re­con­nais­sent pas leurs erreurs ou qu’ils le font tar­di­ve­ment, il est important de les convoquer pour un entretien et de leur faire clai­re­ment part de votre désaccord. Il n’est gé­né­ra­le­ment pas né­ces­saire de donner de sanctions. L’effet émo­tion­nel d’un entretien personnel est ha­bi­tuel­le­ment suffisant. Dès lors que l’on com­pren­dra autour de vous que c’en est fini de l’ancienne stratégie d’évitement et que le chef a com­plè­te­ment adhéré à la nouvelle ouverture, les membres de votre équipe se mettront vite au pas.

La com­mu­ni­ca­tion du chan­ge­ment

Si vous avez le sentiment que la structure de votre en­tre­prise nécessite une trans­for­ma­tion en pro­fon­deur en ce qui concerne l’approche des erreurs, il peut être judicieux de mettre en place une équipe de projet. De cette façon, les nouvelles di­rec­tives ne seront pas dictées d’en haut : les col­la­bo­ra­teurs feront partie in­té­grante du processus. Il est fort à parier que les chan­ge­ments seront plus fa­ci­le­ment admis et conduits.

Gestion des erreurs

Pour que la culture de l’erreur porte ses fruits, les processus doivent être clai­re­ment définis, per­met­tant de tirer le meilleur en­seig­ne­ment possible des erreurs qui ont été commises. Prenez le temps de rédiger les processus qui régissent votre gestion des erreurs et assurez-vous que les leçons tirées à partir des erreurs aient bien une ré­per­cus­sion sur le fonc­tion­ne­ment de votre en­tre­prise au quotidien.

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