L’évolution constante des tech­no­lo­gies in­for­ma­tiques nous a assuré d’une chose : l’amorçage classique à l’aide du BIOS et du Master Boot Record, qui fut introduit dans les années 1980 à l’époque des systèmes d’ex­ploi­ta­tion fonc­tion­nant sous MS-DOS, ne répondent plus aux exigences modernes. C’est pourquoi plusieurs en­tre­prises, dont Microsoft et Intel, ont commencé à tra­vail­ler sur un suc­ces­seur plus moderne. La première spé­ci­fi­ca­tion de l’Ex­ten­sible Firmware Interface (EFI) a été dé­ve­lop­pée aux alentours de l’an 2000. Après la création de l’Unified EFI Forum en 2005, le standard UEFI ac­tuel­le­ment utilisé a vu pro­gres­si­ve­ment le jour aux cours des années qui ont suivi.

Qu’est-ce qu’un UEFI ?

L’abré­via­tion UEFI signifie Unified Ex­ten­sible Firmware Interface (en français : interface mi­cro­lo­gi­cielle ex­ten­sible unifiée). Cette interface spéciale est une sorte de système d’ex­ploi­ta­tion miniature mettant en service la carte mère de l’or­di­na­teur et les com­po­sants logiciels associés im­mé­dia­te­ment après l’allumage. Elle fait en sorte qu’un programme de démarrage spé­ci­fique (appelé chargeur d’amorçage) soit chargé dans la mémoire vive et elle veille au dé­rou­le­ment des routines opé­ra­tion­nelles. Ha­bi­tuel­le­ment, ce processus prend fin avec l’écran de connexion. L’uti­li­sa­teur y indique les données demandées (nom d’uti­li­sa­teur, mot de passe) et peut ensuite utiliser l’or­di­na­teur pour des tâches concrètes (trai­te­ment de texte, etc.).

Afin d’utiliser cette interface UEFI, l’or­di­na­teur a besoin d’un mi­cro­lo­gi­ciel spé­ci­fique sur la carte mère. Après l’allumage de l’or­di­na­teur, sa pro­gram­ma­tion génère l’UEFI, une couche opé­ra­tion­nelle spé­ci­fique qui sert d’in­ter­mé­diaire entre le mi­cro­lo­gi­ciel et le système d’ex­ploi­ta­tion. Pour que le mode UEFI puisse être ini­tia­lisé avant le démarrage du système d’ex­ploi­ta­tion à pro­pre­ment parler, il est im­plé­menté de façon durable dans une puce mémoire sur la carte mère. En tant que com­po­sante fixe du mi­cro­lo­gi­ciel de la carte mère, la pro­gram­ma­tion de l’UEFI est donc conservée s’il n’y a pas de courant.

Pour les pa­ra­mètres spé­ci­fiques de l’amorçage (par ex. les données de con­fi­gu­ra­tion, les pa­ra­mètres du BIOS et la séquence d’amorçage) qui doivent être en­re­gis­trés lorsque l’on éteint l’or­di­na­teur, on utilise aujourd’hui une NVRAM (Non-Volatile Random-Access Memory). Sa con­som­ma­tion d’énergie ex­trê­me­ment faible est couverte du­ra­ble­ment par une pile autonome sur la carte mère (pile bouton). Si la pile est vide, par exemple lorsque le PC n’a pas été utilisé depuis longtemps, cela peut entraîner des problèmes au démarrage.

L’UEFI est souvent con­si­dé­rée comme le suc­ces­seur direct du BIOS. Cependant, la spé­ci­fi­ca­tion UEFI ne définit pas la façon dont un mi­cro­lo­gi­ciel doit être programmé in­té­gra­le­ment. Elle décrit uni­que­ment l’apparence que doit avoir l’interface entre le mi­cro­lo­gi­ciel et le système d’ex­ploi­ta­tion. De ce fait, la spé­ci­fi­ca­tion UEFI ne supplante pas com­plè­te­ment le Basic Input/Output System (BIOS) en tant que « mi­cro­lo­gi­ciel d’amorçage » d’un or­di­na­teur. Elle constitue plutôt une extension ou une mo­di­fi­ca­tion moderne per­met­tant de démarrer les or­di­na­teurs actuels à l’aide d’une interface opé­ra­tion­nelle et ainsi, d’utiliser de nouveaux mé­ca­nismes et de nouvelles fonc­tion­na­li­tés. Afin de dif­fé­ren­cier ces variantes, on parle aujourd’hui souvent de BIOS Legacy (BIOS classique) et de BIOS UEFI ou mi­cro­lo­gi­ciel UEFI.

Avantages de l’UEFI

Dans les systèmes d’ex­ploi­ta­tion Windows, le mode UEFI est la méthode d’amorçage par défaut depuis Windows 8. Depuis cette édition, Windows a défini par défaut le par­ti­tion­ne­ment de disques via le tableau de partition GUID. La tech­no­lo­gie d’amorçage tra­di­tion­nelle des systèmes avec un BIOS Legacy, qui sont liés au Master Boot Record, ne fonc­tionne plus avec cette tech­no­lo­gie de par­ti­tion­ne­ment. L’unité opé­ra­tion­nelle composée de l’Unified Ex­ten­sible Firmware Interface et du par­ti­tion­ne­ment GPT défriche le terrain pour de nouvelles fonc­tion­na­li­tés et options et met par ailleurs un terme à certaines li­mi­ta­tions du processus d’amorçage classique.

Parmi les prin­ci­paux avantages et atouts de la tech­no­lo­gie UEFI, on compte :

  • sa con­cep­tion sous forme de standard in­dus­triel ;
  • sa facilité de pro­gram­ma­tion (langage de pro­gram­ma­tion C) ;
  • sa structure modulaire per­met­tant une flexi­bi­lité et une adap­ta­tion aux en­vi­ron­ne­ments matériels spé­ci­fiques et aux profils d’exigences (les modules d’as­sis­tance peuvent par ex. être intégrés dans le mi­cro­lo­gi­ciel UEFI pour d’anciens systèmes d’ex­ploi­ta­tion) ;
  • la pos­si­bi­lité de compléter l’UEFI avec des fonc­tion­na­li­tés et des pro­grammes spé­ci­fiques (par ex. un ges­tion­naire de droits nu­mé­riques, des jeux, des na­vi­ga­teurs web, un mo­ni­to­ring du matériel, un ges­tion­naire de ven­ti­la­teurs) ;
  • sa meilleure ergonomie grâce à une souris et des in­ter­faces gra­phiques uti­li­sa­teur (ce que l’on trouvait déjà de façon isolée dans le BIOS classique) ;
  • un ges­tion­naire d’amorçage intégré gérant dif­fé­rents chargeurs d’amorçage pour les dif­fé­rents systèmes d’ex­ploi­ta­tion ;
  • la pos­si­bi­lité d’intégrer les pilotes de façon précoce (que le système d’ex­ploi­ta­tion n’a plus à charger par la suite) ;
  • un outil d’invite de commande propre dis­po­nible pour les diag­nos­tics et la recherche d’erreurs (UEFI-Shell) ;
  • une con­nec­ti­vité réseau même en l’absence de système d’ex­ploi­ta­tion actif ;
  • une connexion au réseau per­met­tant par exemple une main­te­nance à distance (mise à niveau distante de com­po­santes du mi­cro­lo­gi­ciel ou de l’in­té­gra­lité du mi­cro­lo­gi­ciel) et un amorçage via le réseau ;
  • une sécurité accrue grâce à la fonc­tion­na­lité Secure Boot.

Secure Boot a été introduit afin d’augmenter la sécurité : chaque com­po­sante lo­gi­cielle (les parties du mi­cro­lo­gi­ciel UEFI, le chargeur d’amorçage, le noyau du système d’ex­ploi­ta­tion, etc.) est vérifiée avant le démarrage. Cette vé­ri­fi­ca­tion a recours à des sig­na­tures cryp­to­gra­phiques qui ont été ren­seig­nées au préalable dans la base de données de sig­na­tures du mi­cro­lo­gi­ciel UEFI. Si l’in­ter­lo­cu­teur est infecté par des virus ou ne possède aucune signature ni aucune clé en­re­gis­trée comme valide, il ne passe pas ce « portique de sécurité » et le système in­ter­rompt le démarrage.

Dans les en­vi­ron­ne­ments pro­fes­sion­nels, Secure Boot fonc­tionne souvent avec une com­po­sante ma­té­rielle spé­ci­fique : le Trusted Platform Module (TPM) est une puce spéciale équipant les or­di­na­teurs et les autres appareils avec des fonc­tion­na­li­tés de sécurité con­si­dé­rables. À l’avenir, il est fort probable que la com­bi­nai­son de Secure Boot et d’une puce TPM assurera la sécurité de tous les PC par défaut.

Si on la compare di­rec­te­ment avec la méthode d’amorçage classique des systèmes BIOS Legacy, l’unité opé­ra­tion­nelle composée de l’UEFI et du par­ti­tion­ne­ment GPT présente notamment les avantages suivants :

  • la pos­si­bi­lité de systèmes multi-amorçage. Plusieurs systèmes d’ex­ploi­ta­tion disposant de leur propre ges­tion­naire d’amorçage peuvent ainsi être installés en parallèle. En cas de besoin, le processus d’amorçage peut inclure une sélection et permettre par exemple de démarrer Linux à la place de Windows ;
  • sous Windows, le par­ti­tion­ne­ment GPT permet jusqu’à 128 par­ti­tions primaires (par le passé, ce nombre était limité à quatre) ;
  • pour la première fois, les disques d’amorçage peuvent dépasser la capacité de 2,2 To (qui était l’ancienne limite fixée par les systèmes BIOS Legacy avec Master Boot Record) ;
  • la pos­si­bi­lité d’ap­pli­ca­tions de pré-amorçage (par ex. la con­sul­ta­tion et l’uti­li­sa­tion d’outils de diag­nos­tic, de solutions de sau­ve­garde) ;
  • l’amorçage est plus rapide que dans les systèmes BIOS Legacy.

In­con­vé­nients de l’UEFI

L’Unified Ex­ten­sible Firmware Interface comporte toutefois aussi des in­con­vé­nients : la com­pa­ti­bi­lité de l’UEFI est limitée puisque seuls les systèmes 64 bits sont supportés. Bien que ces derniers s’imposent de plus en plus comme la norme, les systèmes 32 bits sont encore largement répandus, notamment dans les systèmes Windows. Cette com­pa­ti­bi­lité limitée est due à l’étroite im­bri­ca­tion de la tech­no­lo­gie d’amorçage avec le par­ti­tion­ne­ment spécial du volume du système de démarrage (disque d’amorçage). La com­bi­nai­son de l’UEFI et du style de par­ti­tion­ne­ment GPT est uni­que­ment possible au niveau 64 bits. Les or­di­na­teurs moins récents, dotés de systèmes d’ex­ploi­ta­tion fonc­tion­nant sur une base 32 bits et utilisant un système BIOS Legacy ne maî­tri­sent pas le démarrage des disques durs avec une partition GPT.

Afin d’augmenter la com­pa­ti­bi­lité de l’UEFI, on a recours au Com­pa­ti­bi­lity Support Module (CSM). Ce module est par exemple utilisé lorsque les versions 32 bits de Windows 7 ou 8 doivent fonc­tion­ner sur un matériel UEFI moderne. Par ailleurs, le CSM permet de combiner des systèmes d’ex­ploi­ta­tion sur un or­di­na­teur. Dans un système multi-amorçage, outre les systèmes d’ex­ploi­ta­tion fonc­tion­nant avec une UEFI, il est également possible de démarrer des systèmes d’ex­ploi­ta­tion plus anciens ne pouvant fonc­tion­ner qu’avec des systèmes BIOS Legacy clas­siques. Dans ce cas, un système d’ex­ploi­ta­tion 32 bits doit toutefois pouvoir accéder à un support d’amorçage sup­plé­men­taire, par exemple à un deuxième disque dur doté de Master Boot Record. Lors du démarrage du PC, le système souhaité est alors sé­lec­tionné dans le menu du ges­tion­naire d’amorçage. D’autres variantes du mi­cro­lo­gi­ciel se chargent de ce processus de façon au­to­ma­tique : dans un premier temps, elles re­cherchent un chargeur d’amorçage EFI moderne. Si elles ne par­vien­nent pas à le trouver, le module CSM est di­rec­te­ment utilisé lors du processus d’amorçage.

La com­pa­ti­bi­lité avec BIOS Legacy n’est toutefois qu’une solution tran­si­toire. À l’heure actuelle, Intel demande aux fa­bri­cants de PC de ne plus im­plé­men­ter de CSM. Ce processus doit être pro­gres­si­ve­ment supprimé pour réduire le code UEFI-BIOS et baisser ainsi les coûts pour les tests de matériel. D’autre part, les PC amorcés en mode Legacy via le module CSM ne peuvent pas utiliser le Feature Secure Boot spé­ci­fique à UEFI et ses mé­ca­nismes de pro­tec­tion contre les virus et les ma­ni­pu­la­tions in­dé­si­rables.

On cite souvent comme in­con­vé­nient de l’UEFI un certain risque de sécurité. La connexion directe au réseau dans la phase d’amorçage permet à des pro­grammes mal­veil­lants d’accéder à l’or­di­na­teur avant que les mé­ca­nismes de pro­tec­tion du système d’ex­ploi­ta­tion ne soient activés. Ce danger est bien réel : en 2014, une première faille de sécurité a été dé­cou­verte dans l’interface. En 2018, les experts ont identifié le premier virus UEFI dans la nature (c’est-à-dire en dehors des ex­pé­riences en la­bo­ra­toires), à savoir LoJax.

Aller au menu principal